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samedi 20 juillet 2024
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RDC – France : vers une coopération renforcée ?

Félix Tshisekedi, qui a effectué des dizaines de voyages depuis qu’il a pris les rênes de la République démocratique du Congo en janvier 2019, s’est rendu fin avril 2024 en France où il s’est entretenu avec son homologue français, Emmanuel Macron. Kinshasa cherche notamment à obtenir l’appui de la France, membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, dans la guerre qui l’oppose au M23, un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, lequel s’est, paradoxalement, rapproché de la France. Paris et Kinshasa semblent néanmoins disposés à ouvrir une nouvelle page de leur coopération. Reste à savoir comment ces promesses se traduiront à l’avenir pour la majorité des Congolais.

À l’issue de leur tête-à-tête au palais de l’Élysée, Félix Tshisekedi, le président de la République démocratique du Congo, et son homologue français, Emmanuel Macron, se sont exprimés devant quelques journalistes. Cette brève conférence de presse, dans une atmosphère cordiale, n’est pas comparable à celle qui avait suivi l’entretien entre les deux hommes à Kinshasa, en mars 2023, dans un climat de tension.

À Paris, Emmanuel Macron a levé certaines ambiguïtés sur la position de la France vis-à-vis de la situation qui prévaut dans l’est de la République démocratique du Congo. Pour la première fois, le président français a pointé la responsabilité du Rwanda dans ce conflit qui a fait des millions de morts et de déplacés. Sa déclaration, qui tranche avec ses prises de position antérieures, a été claire et plutôt bien reçue par la délégation congolaise.

« Le Rwanda, je l’ai dit au président Kagame dans un échange récent, doit cesser son soutien au M23 et retirer ses forces du territoire congolais », a souligné Emmanuel Macron.

Lire aussi : RDC. L’élection présidentielle 2023 analysée par Léonnie Kandolo. https://www.makanisi.org/rdc-lelection-presidentielle-2023-analysee-par-leonnie-kandolo/

La France appelle au retrait des troupes rwandaises

« D’abord, la France ne transigera jamais sur l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC. Ensuite, nous n’avons aucune difficulté à pointer les responsabilités. Je vais le dire avec la plus grande clarté possible, la France condamne fermement l’action de tous les groupes armés et particulièrement l’offensive du M23 qui doit cesser les combats et se retirer de l’ensemble des territoires qu’il occupe. Tous les groupes armés, je dis bien tous, doivent être désarmés progressivement et démobilisés (…). Le Rwanda, je l’ai dit au président Kagame dans un échange récent, doit cesser son soutien au M23 et retirer ses forces du territoire congolais », a souligné Emmanuel Macron.

Dans un entretien qu’il a accordé au journal Le Figaro après son passage à l’Élysée, le président Félix Tshisekedi a, pour sa part, affirmé qu’une guerre entre la RDC et le Rwanda était possible. Il n’a toutefois pas exclu un règlement par la voie diplomatique, sous certaines conditions.     

Un partenariat s’est noué entre le groupe français Alstom, la société Kin Métro et l’AFC, pour construire un réseau ferroviaire urbain à Kinshasa

Une plus grande implication économique de la France

Emmanuel Macron s’est, par ailleurs, exprimé sur la volonté de Paris de s’impliquer davantage dans l’économie congolaise. C’est ainsi que s’est noué un partenariat entre le groupe français Alstom, la société Kin Métro et l’AFC, pour construire un réseau ferroviaire urbain à Kinshasa, une ville tentaculaire où le système des transports en commun laisse à désirer. Le réseau ferré de la capitale congolaise hérité de la colonisation n’a pas été amélioré au cours des six dernières décennies. Au contraire, ce réseau s’est sensiblement dégradé et certains de ses tronçons sont devenus obsolètes. Le projet de modernisation et d’extension de ce réseau, piloté par les autorités provinciales de Kinshasa, existe depuis quelques années. L’implication d’Alstom, une multinationale française spécialisé dans le secteur des transports, principalement ferroviaires, est une nouveauté qui fait partie des retombées concrètes du séjour de Félix Tshisekedi à Paris. 

 « Je me réjouis de l’intensification des investissements et des échanges commerciaux entre nos deux pays… Le partenariat entre Alstom, Métro Kin et AFC, sera conclu cet après-midi, pour construire un train urbain à Kinshasa », a déclaré Emmanuel Macron.

Dans le secteur minier, considéré comme stratégique en RDC, la France entend apporter son expertise dans la cartographie des ressources que renferme le sous-sol de ce pays qui est, de loin, le premier producteur mondial de cobalt.

« La France accompagnera bientôt la création d’un institut régional de la mode à Kinshasa »

Partenariat pour les forêts du bassin du Congo

La France, qui, depuis 2022, a financé, pour plus de 500 millions d’euros, des projets dans divers secteurs (santé, éducation, enseignement supérieur, formation professionnelle, sport, etc.), entend poursuivre ses efforts. C’est ainsi que dans le domaine culturel, Emmanuel Macron a révélé que « la France accompagnera bientôt la création d’un institut régional de la mode à Kinshasa ».

Un autre volet du partenariat entre la France et la RDC porte sur les forêts du Bassin du Congo. « La France voit dans la RDC un partenaire clé dans la protection des trésors que nous avons en partage. La forêt du bassin du Congo est l’un des poumons de notre planète. Nous avons lancé, lors de la COP 28 de Dubaï, un partenariat pour les forêts, la nature et le climat, ensemble aux côtés des États-Unis et de l’Allemagne, pour mutualiser les appuis financiers et techniques. Et je me réjouis que votre pays ait accepté de faire de Kinshasa la capitale hôte de la prochaine conférence des parties du partenariat pour les forêts du bassin du Congo coorganisée avec le Gabon et la France », a-t-il ajouté.  

« Nous avons lancé, lors de la COP 28 de Dubaï, un partenariat pour les forêts, la nature et le climat, ensemble aux côtés des États-Unis et de l’Allemagne, pour mutualiser les appuis financiers et techniques… »

Lire aussi : RDC: la nouvelle Première ministre face à d’immenses défis.https://www.makanisi.org/rdc-la-nouvelle-premiere-ministre-face-a-dimmenses-defis/

Image à l’international

Partout où il passe, le président de la RDC vante les réformes initiées pour rendre plus attractif son pays qui ne jouit pas d’une bonne image à l’international. Ces réformes incluent notamment la raccourcissement des délais de création d’entreprises.  

Si, à Kinshasa, les autorités ont pris le parti de mettre en avant un « nouveau narratif », rien n’indique que cette approche ait permis de modifier radicalement les perceptions que l’on peut avoir du plus grand pays d’Afrique subsaharienne qui donne l’impression de lutter, sans grande efficacité, contre ses vieux démons : le laxisme de la justice, le favoritisme, la corruption, les détournements de fonds publics, etc.

Le chef de l’État a insisté sur les réformes initiées sous sa houlette depuis sa première investiture, en janvier 2019, pour sortir la RDC de la situation peu enviable dans laquelle il l’a trouvée.

La diaspora à l’honneur

En marge de cette visite, le président Félix Tshisekedi a rencontré certains de ses compatriotes établis en France, où vit une importante communauté congolaise. Une présence policière renforcée était visible autour du lieu de cet événement dont l’organisation a été quelque peu chaotique. Sur le papier, cet événement devait débuter à 12 heures. Mais il a commencé autour de 16.30.

Au cours de son intervention, Félix Tshisekedi a égrené les axes prioritaires de son second mandat qu’il a entamé en janvier 2024, après sa victoire à la présidentielle de décembre 2023. Le chef de l’État a insisté sur les réformes initiées sous sa houlette depuis sa première investiture, en janvier 2019, pour sortir la République démocratique du Congo de la situation peu enviable dans laquelle il l’a trouvée.

Les organisateurs avaient prévu que le public se limite à quatre questions. Mais en réalité, il y en a eu un peu plus. Toutefois, les questions posées par les intervenants n’avaient pas grand intérêt, car elles portaient surtout sur des demandes personnelles.

Si tout se déroule comme prévu, la prochaine élection présidentielle se tiendra en décembre 2028

Un troisième mandat ?

Une personne a pris le micro pour demander au président de modifier la Constitution, en vue de prolonger son bail au palais de la nation, à l’issue de son second mandat. Des voix – très minoritaires – se sont élevées dans la salle pour soutenir une telle initiative.

En vertu de la Constitution en vigueur, Félix Tshisekedi, qui n’est pas autorisé à effectuer un troisième mandat, doit quitter le pouvoir à l’expiration de son deuxième quinquennat. Et si tout se déroule comme prévu, la prochaine élection présidentielle se tiendra en décembre 2028. Faut-il procéder à un changement des textes en vigueur ? Félix Tshisekedi a, en substance, répondu par une formule qu’il affectionne : « Ne faites pas de moi un dictateur » !

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