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mercredi 28 septembre 2022
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RDC. Haut-Lomami : mines, commerce, tourisme… Des secteurs sous-exploités

Le secteur minier est l’un des pôles économiques de la province du Haut-Lomami. Plusieurs minerais y sont exploités mais l’essor des mines bute sur l’absence de certification de nombreux gisements, des problèmes logistiques, la carence en infrastructures de transport et le manque d’électricité. Les services reposent sur un nombre réduit d’activités : la téléphonie mobile et Internet, le commerce (détail et gros), le transport, l’administration, etc. Le système financier est limité et le tourisme quasi inexistant malgré un grand potentiel.

La recherche et l’exploitation minières ainsi que des indices minéraux indiquent la présence d’une grande variété de ressources minières dans le sous-sol de la province du Haut-Lomami : étain, lithium, or, charbon, coltan, wolframite, cassitérite, fer, niobium, cuivre, argent, etc.

La recherche et l’exploitation minières ainsi que les indices minéraux indiquent la présence d’une grande variété de ressources minières dans le sous-sol de la province.

Coltan, cassitérite, wolframite et les autres

Certains gisements ont été identifiés et quantifiés à l’époque coloniale et après l’indépendance par les sociétés Congo-Etain, Zaïre-Étain et la Gécamines qui ont opéré dans les territoires de Malemba-Nkulu et Bukama. C’est le cas notamment des minerais du tungstène (coltan, cassitérite et wolframite) surnommés les 3 T, qui sont utilisés dans l’électronique. Sa proximité avec le territoire de Manono (Tanganyika) laisse penser que celui de Malemba-Nkulu pourrait également renfermer du lithium.

Pour d’autres minerais et d’autres territoires, dont ceux de Kamina, Kaniama ou Kabongo, le manque d’informations et de quantification des gisements empêche les investisseurs potentiels de venir prospecter dans la région. Et même là où le minerai affleure, faute de certification, il est difficile d’attirer des sociétés minières.

MMR, en tête des producteurs

Carrrière de MMR à Malemba-Nkulu @D-Ngoy Kazadi

L’activité minière est assurée par des compagnies minières et des coopératives artisanales. Les transactions entre les deux acteurs se font par le biais de comptoirs. La plus importante entreprise minière, en termes de volumes produits, est Mining Mineral Resources (MMR), une filiale du groupe indien Vinmart, qui opère également dans le Tanganyika où elle a son siège à Kalemie. Elle exploite des gisements de cassitérite, de coltan et de wolframite dans les territoires de Malemba-Nkulu et de Bukama, autour de Luena.  

La plus importante entreprise minière, en termes de volumes produits, est Mining Mineral Resources (MMR), une filiale du groupe indien Vinmart

Parmi les autres compagnies actives sur le terrain, on peut citer Crown Mining, à Buena dans le territoire de Bukama, Congo Progress Company (COPROCO) ou les Indiens Chemaf  et Aurum. La plupart sont en phase de recherche.

En 2018, la production minière de Malemba-Nkulu s’est élevé à 1,642 million de tonnes de cassitérite et 226 452 kg de coltan, selon l’administration du territoire. Quelques petites sociétés chinoises exploitent des mines d’étain dans la région.

Lire aussi : RDC. Haut-Lomami : une province sous-équipée. https://www.makanisi.org/rdc-haut-lomami-une-province-sous-equipee/

Pour les entreprises en production, le manque d’électricité limite la transformation sur place et le mauvais état des routes rend difficile l’évacuation des produits. « Nous évacuons nos minerais vers Lubumbashi où ils sont traités, par bateau sur le Lualaba, depuis Malemba-Nkulu jusqu’à Bukama. Le bateau a une capacité de 120 tonnes. À partir de Bukama jusqu’à Nguba, en passant par Lubudi, qui se trouve dans la province de Lualaba, nos produits sont écoulés par la route nationale qui est plus praticable », explique Daniel Ngoy Kazadi ingénieur des mines à MMR.

Lire aussi : RDC. Haut-Lomami : un potentiel agro-pastoral et halieutique à développer : https://www.makanisi.org/rdc-haut-lomami-un-potentiel-agro-pastoral-et-piscicole-a-developper/

Les projets d’AVZ Minerals

Installée à Manono dans le Tanganyika, la société AVZ Minerals, via sa filiale Nyuki Logistics Company, a en projet de construire, à Kabondo-Dianda, un terminal intermodal qui servira de base logistique pour le stockage et le transfert, vers les marchés mondiaux, des produits finis issus de l’exploitation de lithium et d’étain de Manono (Manono Lithium and Tin Operation – MLTO). Dans cette perspective, Nyuki Logistics Company a obtenu un bail renouvelable de 25 ans pour une propriété de 1 227 hectares, située à environ 4 km au sud-est de la ville de Kabondo-Dianda. Les travaux n’ont pas encore commencé.

La société AVZ Minerals, via sa filiale Nyuki Logistics Company, a en projet de construire à Kabondo-Dianda, un terminal intermodal qui servira de base logistique pour le stockage et le transfert des produits finis issus de l’exploitation de lithium et d’étain de Manono

Les produits seront transportés par camion depuis Manono jusqu’à Kabondo-Dianda, puis acheminés par chemin de fer depuis Bukama jusqu’au port de Dar-es-Salaam en Tanzanie et à Lobito en Angola.

Suite à des réunions communautaires avec les principales parties prenantes locales, un projet de réhabilitation de la route de Manono a été arrêté. La proposition d’un nouveau site de traversée en ferry, d’un espace de manutention et d’un dépôt pour les produits finis exportés et les consommables et matériaux entrants, destinés à MLTO, a été également évoquée.

Grande artère commerçante à Kamina. @Ali Courtois

Commerce et transport

Le secteur tertiaire est dominé par le commerce et le transport. Le petit commerce de détail assure des revenus à une grande partie de la population en zones rurale et urbaine. Il est tenu par des populations locales et également par quelques Indiens. Deux facteurs ont contribué à l’essor du commerce de gros. Primo, la nécessité d’écouler les excédents agricoles (huile de palme, maïs et autres vivres) et halieutiques produits dans la province vers les grands centres de consommation des régions minières (Kolwezi, Likasi et Lubumbashi notamment).

Ces besoins ont favorisé l’émergence de sociétés de commerce, dont certaines exercent aussi l’activité de transporteur

Par ailleurs, quasiment dépourvu d’unités de transformation, faute d’électricité suffisante, le Haut-Lomami dépend de l’extérieur pour se ravitailler en produits manufacturés et pétroliers (essence et gas-oil). Ces besoins ont favorisé l’émergence de sociétés de commerce, dont certaines exercent aussi l’activité de transporteur. Tel est le cas de la société Maison Mesymg et des Établissements Mousse, qui disposent d’un parc de camions pour le transport des marchandises et d’un réseau de magasins-entrepôts. Les activités de transport incluent le ferroviaire (fret et voyageurs), l’aérien et le fluvial, ce dernier restant très limité malgré la présence de nombreux cours d’eau.

La plupart des compagnies téléphoniques opérant en RDC sont présentes dans la province et les services à valeur ajoutée comme Internet se développent peu à peu. En revanche, le secteur financier est limité à deux agences bancaires, des établissements de micro-crédit et des agences de transfert d’argent.

Paysage du Haut-Lomami. La rivière Lomami près de sa source. @Urbain Makitu

Tourisme, un potentiel inexploité

Chutes d’eau, eaux thermales, rivières, lacs, paysages champêtres, aires protégées dont le parc national d’Upemba (cf. encadré), patrimoine culturel et artistique, chefferies, ranchs et autres trésors… Les atouts touristiques et les possibilités de visites du Haut-Lomami ne manquent pas. Néanmoins, malgré ce potentiel, la province est davantage traversée que visitée.

Zone de passage, plus traversé que visité, le Haut-Lomami a peu développé son parc hôtelier.

Zone de passage, plus traversé que visité, le Haut-Lomami a peu développé son parc hôtelier. Les hôtels et les restaurants y sont en nombre très limité. Ils sont généralement concentrés dans les carrefours routiers et ferroviaires et fréquentés par des transporteurs et des commerçants, notamment ceux du Grand Kasaï, qui se rendent à Lubumbashi ou au port tanzanien de Dar-es-Salam. La ville de Kamina, carrefour et cité commerçante, ne compte qu’une dizaine d’hôtels. Dans les zones à vocation touristique, difficiles d’accès, aucun site n’a été aménagé et les hébergements y sont rares et précaires, à l’exception du parc national d’Upemba.

Le tourisme reste une activité à développer. La province peut miser sur le tourisme culturel et de découverte, l’écotourisme et l’agro-tourisme. À condition de renforcer le parc hôtelier et le réseau routier, d’encourager la création d’agences de tourisme et de former des guides professionnels.

La province peut miser sur le tourisme de découverte, l’écotourisme et l’agro-tourisme.

Le parc national Upemba, une attraction touristique de la région

L’une des attractions touristiques du Haut-Lomami reste, à n’en point douter, le parc national de l’Upemba, dont les 11 730 km2 s’étalent entre le nord-est du Haut-Katanga et le sud-est du Haut-Lomami. Ce parc a été fusionné en 2017 avec celui de Kundelungu pour former une seule unité écologique nommée Complexe des parcs nationaux de l’Upemba et Kundelungu.

Hippopotames, éléphants, zèbres, lions, antilopes, etc. cohabitent dans cette grande aire protégée.  Pour s’y rendre, au départ de Kamina, il faut passer par Luena, une localité située à 200 km au sud, et Kibumbe. Mais la RDC n’a pas encore trouvé une alternative à la route non bitumée reliant Kamina à Luena, qui est dans un état de délabrement fort avancé. C’est une route en terre, stabilisée et entretenue par endroits, mais largement dissuasive. Cependant, les autorités provinciales, en coordination avec l’Office des routes, font tout ce qui est en leur pouvoir pour fluidifier la circulation automobile sur ce tronçon, même si les pluies diluviennes récurrentes compliquent un peu plus l’équation.

Le visiteur qui persévère jusqu’à Kibumbe peut se mettre en rapport avec des écogardes, lesquels peuvent l’accompagner jusqu’à sa destination finale. Il est arrivé toutefois que des « maï-maï », des combattants d’un mouvement armé qui vit de rapines, s’en soient pris à des véhicules de passage. Tant que la situation sécuritaire sera précaire, le potentiel touristique du Haut-Lomami sera sous-exploité. Cette situation prive la province de recettes dont elle aurait besoin pour se doter d’infrastructures pouvant lui permettre de sortir de son désenclavement et d’assurer son décollage économique. Arthur Malu-Malu

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