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mercredi 24 avril 2024
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RDC : la ZES de Maluku met ses premiers produits sur le marché

Les zones économiques spéciales (ZES) en cours d’implantation dans le pays visent à revigorer l’économie nationale. Les autorités misent sur la zone-pilote de Maluku, à Kinshasa, pour convaincre les investisseurs potentiels de venir en RDC. Il s’agit, pour elles, de créer un effet d’entraînement qui conduirait des détenteurs de capitaux à explorer des opportunités qui se présentent dans toutes les provinces du pays. L’une des sociétés opérant sur le site de Maluku a commencé à produire des carreaux. D’autres entreprises s’apprêtent à passer en phase de production.

L’ambitieux projet de mise en place de zones économiques spéciales (ZES) dans le pays a franchi une nouvelle étape, après le démarrage, sur le site de la ZES de Maluku, à environ 70 km au nord-est du centre-ville de Kinshasa, des activités de Sapphire Ceramics. Des carreaux fabriqués par cette société à capitaux chinois sont sortis de l’usine début septembre 2023, sous le regard du président Félix Tshisekedi.

5 conventions d’occupation

« Les activités de production ont commencé, alors que des infrastructures sont toujours en construction sur le site », explique Auguy Bolanda, le directeur général de l’Agence des zones économiques spéciales (AZES).

Si la société Sapphire Ceramics est entrée en phase de production, d’autres attendent leur tour. Varun Beverages RDC, une franchise de Pepsi Cola, s’apprête à produire ses boissons « made in DRC ». C’est la filiale congolaise de Varun Beverages, une multinationale indienne considérée comme le plus grand embouteilleur de Pepsi Cola dans le monde, dont les activités embrassent une diversité de secteurs : agro-alimentaire, industrie pharmaceutique, hôtellerie, immobilier, etc. Les premiers produits de Varun Beverages, issus de la ZES de Maluku, sont attendus en mai 2024. 

« À ce stade, nous avons signé des conventions d’occupation avec 5 entreprises : Sapphire Ceramics, Varun Beverages, Sopaco, une société à capitaux libanais qui opère dans le secteur de la transformation de produits agricoles, TK Timber et Eben Ezer International », révèle Auguy Bolanda.

« À ce stade, nous avons signé des conventions d’occupation avec 5 entreprises » 

Un projet qui remonte à loin

Le développement de la ZES de Maluku, qui fait office de projet pilote, est une idée qui remonte aux années Kabila. Le projet a été dévoilé en 2012 et un cadre législatif mis en place deux ans plus tard. Financé par la Banque mondiale, le processus de recrutement de l’aménageur privé de la ZES a été amorcé en 2018, sous la houlette de la Cellule d’exécution du Projet de développement des pôles de croissance (PDPC).

Le groupe Strategos, sélectionné à l’issue de ce processus, est dirigé par Luc-Gérard Nyafe, un homme d’affaires congolais établi en Colombie. Il est également à la tête de Tribeca, un fonds d’investissement connu des milieux d’affaires et dont les actifs étaient évalués à un demi-milliard de dollars en 2016. Luc-Gérard Nyafe, nommé ambassadeur itinérant du président Félix Tshisekedi en mars 2019, a essuyé une pluie de critiques après le contrat remporté par son groupe. En effet, au sein de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), la principale organisation patronale du pays, et à l’Assemblée nationale, des voix se sont élevées pour s’insurger contre le choix de Strategos. L’homme, qui a perdu son poste à la présidence, est de plus en plus discret depuis quelque temps.

Auparavant, l’AZES avait rompu le contrat conclu avec le groupe de Luc-Gérard Nyafe en mai  2022, après une évaluation de ce qui avait été réalisé sur le site.

Lire aussi : Kinshasa et Paris veulent resserrer leurs liens économiques. https://www.makanisi.org/kinshasa-et-paris-veulent-resserrer-leurs-liens-economiques/

Poursuite des travaux d’aménagement

Les travaux d’aménagement du site de Maluku se poursuivent sans désemparer. Les équipes d’ouvriers qui sont sur place s’attellent à la construction de routes à l’intérieur de cette ZES qui couvre une superficie de 885 ha. Mais la partie qui est priorisée pour les travaux s’étale sur une superficie de 244 ha.

Auguy Bolanda salue ces avancées qui traduisent, estime-t-il, l’amélioration du climat des affaires en RDC. Le pays semble gagner en attractivité au fil des mois. Un indice : des délégations d’hommes d’affaires débarquent régulièrement en RDC avec, dans leurs valises, une multitude de projets, même si certains d’entre eux préfèrent adopter une attitude attentiste, à l’approche des élections présidentielle et législatives prévues en décembre 2023. Si ce projet pilote est porteur d’un immense espoir, des initiatives analogues ont été prises dans la province du Haut-Katanga, dans le sud-est du pays.  

« Notre mission est nationale. Nous sommes une agence de régulation, du contrôle du suivi de l’aménagement des ZES à travers tout le pays. »

Kinshasa n’est pas la RDC

« Notre mission est nationale. Nous sommes une agence de régulation, du contrôle du suivi de l’aménagement des ZES à travers tout le pays », souligne Auguy Bolanda. Le Haut-Katanga, issu de la division de l’ex-province du Katanga (sud-est) en quatre entités, en vertu d’une réforme qui est entrée en vigueur progressivement depuis 2015, accueille deux ZES : l’une à Kiswishi et l’autre à Kinsevere.

La ZES de Kiswishi, qui s’étale sur 4000 ha, à l’intersection de la route de Kasenga et celle de Likasi, est le fruit d’une initiative privée pilotée par une filiale du groupe Rendeavour. Sur le site de Kiswishi, à environ 80 km de Lubumbashi, des unités industrielles et des immeubles d’appartements sont en construction. Tout un quartier résidentiel sortira de terre dans ce secteur.

La « zone de batteries »

Située à Kinsevere, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Lubumbashi, la  deuxième zone économique spéciale du Haut-Katanga est communément appelée « zone de batteries ».

La RDC est un grand pourvoyeur de minerais qui entrent dans la fabrication de batteries de voitures électriques et de téléphones portables, dans un contexte où la lutte contre le dérèglement climatique est au cœur des grands enjeux mondiaux sur la décarbonation des économies. La Zambie, qui est également un grand pays minier, et la RDC ont conclu des partenariats pour mieux tirer profit de leurs ressources.

« La ZES de Kinsevere est le résultat d’un compromis que nous avons trouvé avec la Zambie voisine. Nous avons des minerais et nous voulons avoir notre juste part dans la chaîne de fabrication de batteries. Cette initiative est soutenue par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et Afreximbank », explique Auguy Bolanda.

Le Lualaba, né également de la division de l’ex-Katanga, n’est pas en reste. Cette province minière, en plein boom économique, abritera une ZES à Musompo, à Kolwezi, sur une superficie de 250 ha. L’AZES est à la recherche d’une société qui correspond au profil défini pour y effectuer les travaux d’aménagement.

L’essaimage de zones économiques spéciales est l’occasion, pour les autorités congolaises, de relever le défi de la réindustrialisation et de mettre un coup d’arrêt à la tendance régressive.

Lire aussi : La République démocratique du Congo en chiffres. Édition 2022. https://www.makanisi.org/la-republique-democratique-du-congo-en-chiffres-edition-2022/

Des ZES pour réindustrialiser la RDC

La RDC fut l’un des pays africains les plus industrialisés à son accession à l’indépendance, le 30 juin 1960. De longues décennies de mauvaise gouvernance et de gestion catastrophique, conjuguées avec des vagues de pillages conduits par des militaires en roue libre au début des années 90, ont asséné un coup dur à l’économie nationale.

L’essaimage de zones économiques spéciales est ainsi l’occasion, pour les autorités congolaises, de relever le défi de la réindustrialisation et de mettre un coup d’arrêt à la tendance régressive. Parmi les atouts des ZES, qui s’appuient sur des partenariats privé-public ou privé-privé, figurent des dispositions attractives. En effet, ce sont des espaces dotés d’un régime juridique particulier. Les entreprises qui s’y installent ont accès à des facilités fiscales et douanières et bénéficient d’une certaine souplesse administrative et d’exemptions diverses. Les régies financières sont tenues de recourir à des procédures simplifiées en faveur des entreprises qui opèrent dans les ZES.

Financements et électricité

Reste que la mise en œuvre du programme d’implantation des ZES se heurte à plusieurs contraintes. L’une porte sur la difficulté de mobilisation des financements, alors que l’implantation d’une ZES nécessite des investissements substantiels. Pour exemple, le coût de celle de la ZES de Maluku a été estimé à 126 millions de dollars. L’État, de son côté, avait, dans un premier temps, mis 21 millions de dollars sur la table.

Le faible taux d’électrification est une autre difficulté pour la RDC, qui tient à se réindustrialiser. Or la réindustrialisation restera un mythe tant que l’électricité sera une denrée rare, dans ce pays qui est parmi les plus mauvais élèves du continent dans ce domaine. Des efforts sont toutefois fournis pour améliorer le taux d’accès à l’électricité qui, selon les chiffres de la Banque mondiale, se situait à environ 22 % en 2021. Un programme de construction de mini-barrages est en cours d’exécution. La RDC mise sur les énergies renouvelables pour améliorer la desserte en électricité sur son vaste territoire.

La question du foncier

Autre écueil : la question du foncier. L’exécution de certains projets requiert des compensations financières induites par les expropriations. Cette situation peut donner lieu à de longues disputes devant les tribunaux. En outre, dans ce pays où foisonnent les universités, les établissements d’enseignement supérieur et les centres de formation professionnelle de toutes sortes, les compétences spécifiques dont les entreprises ont besoin sont parfois difficiles à trouver localement. Malgré toutes ces difficultés, qui ne sont pas insurmontables, le train des ZES a quitté le quai de départ. Arrivera-t-il à bon port ? 

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