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mercredi 29 mai 2024
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Kinshasa et Paris veulent resserrer leurs liens économiques

Lors de sa visite à Kinshasa le 4 mars dernier, le président français a pris part à une rencontre économique entre la France, l’Union européenne et la RDC. Il s’agissait, pour la France et l’Union européenne, de resserrer leurs liens économiques avec la RDC, qui cherche, de son côté, à attirer les investissements extérieurs. Le Forum économique de Kinshasa s’insère dans la continuité des contacts établis en novembre 2022, à Paris, entre des entrepreneurs congolais et des représentants des milieux d’affaires français.  

Le volet économique du séjour d’Emmanuel Macron à Kinshasa a-t-il été suffisamment mis en avant ? Si le citoyen lambda ne semble pas en être au courant, il en va autrement pour les milieux d’affaires. Le forum économique de Kinshasa – le tout premier du genre – qui a eu lieu, dans la capitale congolaise, en marge de la visite d’Emmanuel Macron, s’est tenu sous la direction du président français et des commissaires européens Thierry Breton (Marché intérieur) et Jutta Urpilanen (Partenariats internationaux), ainsi que d’une cinquantaine de chefs d’entreprises français qui ont effectué le déplacement de la capitale congolaise en compagnie du locataire de l’Élysée.

Une cinquantaine de chefs d’entreprises français ont effectué le déplacement de Kinshasa en compagnie du locataire de l’Élysée

Cette rencontre entre la RDC, l’Union européenne et la France s’inscrivait quelque peu dans le prolongement des échanges, organisés à l’initiative de l’Agence congolaise pour la promotion des investissements et le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), en novembre 2022, à Paris, entre une délégation congolaise conduite par le ministre du Plan et des entreprises françaises tentées d’investir en RDC. Le CIAN regroupe les entreprises industrielles et de services qui se déploient en Afrique. Cette organisation patronale privée souligne que ses membres réunis génèrent autour de 80% de l’activité économique française sur le continent africain. D’où son importance dans l’économie française.

Les atouts de la RDC

Pour les entreprises étrangères, françaises en particulier, les atouts de la RDC ne sont pas négligeables : un vaste territoire de 2.345.000 km2, un réseau hydrographie très dense, environ 80 millions d’hectares de terres arables, un sous-sol immensément riche qui lui a valu le surnom de « scandale géologique », une population de quelque 100 millions de personnes, dont plus de la moitié compte majoritairement des jeunes de moins de 25 ans.

L’économie de la RDC repose, pour l’essentiel, sur le secteur minier. Les recettes de l’État proviennent en grande partie des exportations des produits miniers.

L’économie de la RDC repose, pour l’essentiel, sur le secteur minier. Les recettes de l’État proviennent en grande partie des exportations des produits miniers. La RDC est le premier producteur mondial de cobalt et dans le top 5 des producteurs de cuivre. Le pays cherche, depuis plusieurs années, à diversifier son économie, sans grand succès.

À (re)lire : RDC. Situation des filières cuivre, cobalt et zinc en 2022 et perspectives. https://www.makanisi.org/rdc-filieres-cuivre-cobalt-et-zinc-situation-en-2022-et-perspectives/

Des efforts ont été fournis en matière de mobilisation des recettes de l’État et d’amélioration de l’environnement des affaires. Les perspectives sont bonnes : le pays a affiché une insolente croissance économique de 8,5 % en 2022. Et les prévisions pour 2023 sont plutôt encourageantes. Des institutions comme la Banque africaine de développement et la Banque mondiale tablent sur une croissance de plus de 6,5 %.

Des partenariats stratégiques public-privé

La rencontre économique de Kinshasa et les échanges qu’elle a suscités ont permis de mieux cerner les besoins de la RDC, dont le déficit en infrastructures de base, notamment routières et ferroviaire, est abyssal, et de définir des axes de partenariats et des priorités. L’accent a été mis sur la possibilité de développer des partenariats stratégiques public-privé dans divers secteurs.

Pour le commissaire européen Jutti Urpilainen, tout partenariat avec la RDC « ne doit pas se limiter au secteur minier. Il doit s’agir d’un partenariat gagnant-gagnant qui construit une chaîne de valeur complète. Cela signifie qu’il faut promouvoir la transformation, le raffinage et la fabrication en RDC. »

Tout partenariat avec la RDC « ne doit pas se limiter au secteur minier. Il doit s’agir d’un partenariat gagnant-gagnant qui construit une chaîne de valeur complète.

Le commissaire Breton, pour sa part, a annoncé que l’UE publiera sa loi sur les minéraux bruts critiques à la mi-mars, visant à sécuriser notamment le lithium, le cobalt, le manganèse et les terres rares, qui entrent dans la fabrication des véhicules électriques et des éoliennes.

À (re)lire : La République démocratique du Congo en chiffres. Édition 2022. https://www.makanisi.org/la-republique-democratique-du-congo-en-chiffres-edition-2022/

Transformation et traçabilité

Pour le président Macron, il faut également mettre l’accent sur la traçabilité pour lutter contre la contrebande et le commerce illégal. Il a proposé la mise en place d’une stratégie opérationnelle à la fois militaire et sécuritaire pour que ces ressources puissent être exploitées au bénéfice des Congolais. Et il s’est engagé à renforcer le partenariat militaire franco-congolais.

Macron a proposé la mise en place d’une stratégie opérationnelle à la fois militaire et sécuritaire pour que les ressources puissent être exploitées au bénéfice des Congolais.

Un projet de géocartographie du sous-sol est prévu entre le Bureau de recherches géologiques et minières français  (BRGM) et le Service géologique national du Congo, pour déterminer la présence de minéraux dans le sous-sol de la RDC qui en assurera le contrôle et en conservera la pleine souveraineté.

Les sociétés françaises, qui ont un savoir-faire reconnu dans plusieurs secteurs, sont encouragées à orienter prioritairement leurs investissements vers des secteurs identifiés depuis longtemps : le numérique, la formation aux métiers du numérique, les télécommunications, l’installation de « data centers », l’accompagnement d’entrepreneurs miniers, la recherche biomédicale, la création culturelle, les infrastructures urbaines, les métaux critiques…

La France, qui est la deuxième puissance économique des 27 pays membres l’Union européenne, derrière l’Allemagne, pourrait, par ailleurs, peser de tout son poids pour influencer les choix de l’UE au profit de la RDC, qui constitue un marché non négligeable.

Les sociétés françaises, qui ont un savoir-faire reconnu dans plusieurs secteurs, sont encouragées à orienter prioritairement leurs investissements vers des secteurs identifiés

Des annonces chiffrées

La rencontre a débouché sur quelques annonces chiffrées. C’est ainsi qu’un montant de 50 millions d’euros sera mobilisé en faveur de la RDC dans le cadre de ce que l’Union européenne appelle la stratégie Global Gateway. Il s’agit, pour l’UE, de procéder à des investissements jugés « durables » et « transparents » dans les pays, dont la RDC, qui coopèrent avec elle.

La France, pour sa part, a annoncé une convention de financement avec la RDC, via l’Agence française de développement, à hauteur de 103 millions d’euros (en prêts et subventions). Parmi les projets financés figureront l’électrification, au solaire, de la ville de Kabinda, l’amélioration de l’approvisionnement en produits agricoles de Kinshasa et de provinces environnantes ainsi que des mesures pour faciliter l’accès de populations à des laboratoires de biologie médicaux notamment via la formation de professionnels de santé… D’autres annonces ont été faites par des sociétés privées.

À (re)lire : CAEB. La RDC affiche ses ambitions sur les batteries électriques. https://www.makanisi.org/caeb-la-rdc-affiche-ses-ambitions-sur-les-batteries-electriques/

Tout n’est pas rose, mais le pays n’est pas à l’arrêt

Des projets et des annonces qui donnent à espérer même si le chemin à parcourir est encore long pour que change le regard que les investisseurs extérieurs portent sur la RDC et pour que les difficultés dans le pays s’estompent. Le président français a lui-même appelé les entreprises de l’hexagone à changer leur regard et assuré son homologue de la volonté de renouveler les relations entre les deux pays « Nous souhaitons bâtir un partenariat nouveau sur plusieurs axes » a-t-il déclaré.

« Nous souhaitons bâtir un partenariat nouveau sur plusieurs axes », a déclaré Macron

Les timides avancées réalisées dans la lutte contre la corruption ne doivent pas masquer le fait que ce fléau, qui a atteint des proportions alarmantes, gangrène insidieusement la société congolaise. La justice ne semble pas sortir de sa torpeur pour s’attaquer frontalement aux personnalités soupçonnées d’implication dans cette pratique qui ternit l’image de la RDC. Le climat des affaires est également à améliorer.

De même, la guerre qui prévaut dans la partie orientale du pays dissuade certains investisseurs potentiels. Les autorités de Kinshasa, qui sont conscientes de cette triste réalité, semblent néanmoins déterminées à tout mettre en œuvre pour ramener la paix dans les localités où persiste l’insécurité. Le pays n’est pas à l’arrêt. Et les investisseurs extérieurs peuvent compter sur leurs homologues congolais et leurs représentations, comme la Fédération des entreprises du Congo et sa Chambre des mines et d’autres organisations du secteur privé.

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