Passionnée par la gastronomie de la RD Congo, Francine Lomponda Moseka s’est d’abord lancée dans la présentation de recettes culinaires, de produits agricoles, de savoir-faire ainsi que de modes de préparation des aliments de son pays natal sur Facebook, avant de passer à des émissions, consacrées aux mêmes thèmes, sur Youtube. Un succès. Après avoir mis un pied dans le social, en accompagnant la restauration d’orphelinats, elle a ajouté de nouvelles flèches à son arc. Convaincue du lien entre nutrition, santé et agriculture biologique, elle a initié des émissions sur sa chaîne Moseka, animées par des nutritionnistes ou avec l’appui de certains d’entre eux, qui informent sur les bienfaits d’une alimentation saine sur le capital santé.
Cuisiner a toujours été une passion pour Francine Lomponda Moseka. Pour plusieurs raisons. Parce qu’elle aime la cuisine de la RDC, dont elle a appris quelques recettes auprès des « mamans » du village de son père, originaire du Grand Équateur. Parce que préparer des petits plats congolais la rattachait à sa RDC natale, quand, installée en Belgique, elle avait la nostalgie du pays.
Malewa Moderne
L’idée de passer derrière les fourneaux lui est venue quand elle était étudiante à Bruxelles. Cette Congolaise, née à Kinshasa en 1970, arrondissait ses fins de mois en cuisinant des plats pour des amis. Puis elle s’est inscrite dans un groupe culinaire, jusqu’au jour, où, exaspérée par les interminables disputes à propos de telle ou telle recette et par la méconnaissance des traditions culinaires congolaises, elle a décidé de créer son propre réseau.
C’est ainsi qu’elle a ouvert, en 2017, une page Facebook qu’elle a baptisée Malewa Moderne. À Malewa, nom qui signifie restaurant de rue en lingala, Francine a ajouté l’adjectif moderne, une manière de dire que l’on peut faire une cuisine et populaire et moderne. La page est destinée à présenter des recettes de cuisine et autres informations vérifiées sur la gastronomie de la RDC. À travers cette page, je souhaite faire découvrir et réhabiliter les cuisines régionales de mon pays », précise-t-elle.
« En créant « Le béaba de la cuisine rdcienne », je souhaitais que les abonnés partagent tout type d’informations sur la cuisine congolaise, qu’ils testent les plats et qu’ils donnent leurs avis »
Le béaba de la cuisine rdcienne
Puis Francine a créé, en février 2017, un groupe sur Facebook dénommé Le béaba de la cuisine rdcienne. Son objet ? « Ce groupe se veut un espace d’échanges et d’études. Nous y abordons et analysons la cuisine congolaise et tout autre sujet portant sur l’alimentation et la gastronomie. En créant ce groupe, je souhaitais que les abonnés partagent tout type d’informations sur la cuisine congolaise, qu’ils testent les plats et qu’ils donnent leurs avis », explique Francine. En effet, on y découvre des recettes, mais aussi des informations sur les plats et les produits, sur leur origine, leur histoire et leurs noms dans les différentes langues du pays. Sur les techniques de préparation des mets et les modes de cuisson, également. Pour fournir des informations exactes, Francine n’hésite pas à faire appel à des mamans, des agronomes, des sociologues ou des historiens.
Ce groupe fermé a une charte, à laquelle doivent se conformer tous les membres : amabilité, courtoisie, respect, pas de commentaire vexant, pas de promotion ni de contenu indésirable, respect de la confidentialité, participation active et abonnement à la chaîne Youtube. Selon Francine, le groupe évolue bien et les membres sont très actifs.
Francine Lomponda Moseka tient par ailleurs à ce que les recettes traditionnelles soient respectées. Pas question de faire de l’à-peu-près.
Francine Lomponda Moseka tient par ailleurs à ce que les recettes traditionnelles soient respectées. Pas question de faire de l’à-peu-près. À cet effet, elle a lancé en 2022 le concept de « Bitricha-Tricha » et organise des concours. « J’ai inversé en positif le sens de plagiat. Il s’agit en effet de reproduire à l’identique les recettes culinaires congolaises ». Du bon usage du copier-coller ! L’expression « Triche ma recette » s’est ainsi répandue en RDC.
Lire aussi : RDC. L’usage de plantes médicinales en automédication peut être dangereux. https://www.makanisi.org/rdc-coronavirus-lusage-de-plantes-medicinales-en-automedication-peut-etre-dangereux/
Émissions Moseka et Moseka Découverte
Francine a créé ensuite une chaine sur Youtube, qu’elle a nommée Émission Moseka, moseka signifiant en lingala « jeune fille » ou « femme pure ». Un nom en hommage au post nom de Francine et en référence à une célèbre émission qui passait sur la télévision nationale à l’époque du président Mobutu. Selon sa ligne éditoriale, Émission Moseka, dont les vidéos sont très suivies en Europe, en RDC et au Congo-Brazzaville, traite, à 95 %, de recettes de cuisine, de nutrition saine et de cosmétiques fabriqués avec des produits alimentaires. Le reste porte sur les habitudes culinaires bantoues. Si la langue la plus utilisée sur cette chaîne est le français, d’autres langues nationales, comme le lingala, le swahili et le kikongo, y sont parlées. Ainsi, les vidéos présentées dans la rubrique Elubu ya bokoko, qui signifie en lingala recette traditionnelle ou ancestrale, sont en lingala et sous-titrées en français.
La chaîne Youtube Émission Moseka, (moseka signifiant en lingala « jeune fille » ou « femme pure ») traite, à 95 %, de recettes de cuisine, de nutrition saine et de cosmétiques fabriqués avec des produits alimentaires.
Récemment, Francine a créé une nouvelle chaîne sur Youtube, Émission Moseka Découverte. Sortes de voyages à travers la RDC et ses provinces, les thèmes des vidéos diffusées sont très variés. On y découvre des paysages et des sites, des gastronomies, des recettes de cuisine, des savoir-faire agricoles et agro-alimentaires, des plantes et bien d’autres trésors provenant des terroirs des différentes régions du pays. Les présentateurs qui collaborent à la chaîne sont également diversifiés. Une équipe joue le rôle de rédaction en chef et coordonne les sujets.
Les « Restos du cœur »
Les activités de Francine ne se limitent pas à l’art culinaire congolais. Entre 2019 et 2021, elle s’est lancée dans le social, avec la création d’un modèle de restauration du type « Resto du cœur » en France. C’est au quartier Bibwa, à la Nsele, une des communes de la province de Kinshasa, qu’elle a organisé un resto de fortune dans un centre médical privé, précaire, pour offrir, chaque jour, un petit déjeuner et un repas aux malades. Le financement du projet a reposé sur des dons provenant en grande partie de la diaspora. Des cultivatrices ont également apporté leur contribution sous forme de produits.
C’est au quartier Bibwa, à la Nsele, une commune de la province de Kinshasa, qu’elle a organisé un resto de fortune dans un centre médical privé, précaire, pour offrir, chaque jour, un petit déjeuner et un repas aux malades
S’il a pris fin à Nsele en raison de multiples tracasseries administratives, le projet n’a pas été abandonné pour autant. Il a été relancé sur le même modèle financé par des dons, mais les bénéficiaires sont, cette fois-ci, des orphelinats qui sont dans le besoin. Un réseau s’est organisé autour des donateurs, dont les cotisations s’élèvent à environ 10 euros par mois et par contributeur. L’objectif est d’offrir, ponctuellement, des repas équilibrés aux enfants, comprenant notamment des fruits, et de leur faire découvrir des saveurs qu’ils ne connaissent pas.

Nourriture, nutrition et santé
Les émissions et les informations diffusées sur les réseaux sociaux (Moseka et Malewa Moderne), animés par Francine et ses invités, ont permis, peu à peu, à un nombre grandissant d’utilisateurs de Facebook et Youtube de faire le lien entre nourriture, nutrition et santé. « Nous recevons souvent des compliments des internautes sur le fait que nous n’employons pas d’additifs industriels et artificiels dans nos recettes, mais que nous privilégions des condiments naturels et locaux. Nous souhaitons éduquer les gens sur les aliments et les régimes alimentaires qui permettent de rester en bonne santé. Ce concept est mieux accepté aujourd’hui qu’autrefois. Mais il y a encore beaucoup à faire en RDC pour convaincre la population d’utiliser des produits locaux et naturels », insiste Francine.
Les émissions et les informations diffusées sur Moseka et Malewa Moderne, ont permis, peu à peu, à un nombre grandissant d’utilisateurs de Facebook et de youtube de faire le lien entre nourriture, nutrition et santé.
Lire aussi : RDC. Lady Solution. Profession : nutritionniste-diététicienne. https://www.makanisi.org/rdc-lady-solution-profession-nutritionniste-dieteticienne/
L’apport des nutritionnistes
Bien évidemment, Francine s’informe auprès de nutritionnistes, comme Malengo Nlandu Puati, dite Lady Solution, basée à Matadi (Kongo central) ou Louis Likwema, un nutritionniste-diététicien de Kinshasa très connu, ainsi que de médecins, pour connaître les qualités nutritionnelles des aliments et des plantes, proposer des recettes et des régimes adéquats et donner ainsi des conseils à bon escient, en particulier dans le cadre de son émission Nutritik diffusée sur Émission Moseka.
Si l’information sur le bien manger et le manger mieux passe par les réseaux sociaux, elle est également véhiculée par des Églises évangéliques qui organisent des campagnes sur la nutrition et les aliments à éviter, comme les féculents et le foufou de manioc, qui, pris en trop grande quantité, concourent à augmenter la glycémie.
Dans les orphelinats, Francine encourage les responsables à préparer des recettes naturelles (sirops, jus de fruits, etc.) sur place. « On fait de la formation et on invite les responsables à donner de l’eau aux enfants plutôt que des boissons « fluo », pleines de produits chimiques ».
Lire aussi. Sial 2024. Enjeux et innovations des filières agricoles africaines. https://www.makanisi.org/sial-2024-enjeux-et-innovations-des-filieres-agricoles-africaines/
Si l’information sur le bien manger et le manger mieux passe par les réseaux sociaux, elle est également véhiculée par des Églises évangéliques qui organisent des campagnes sur la nutrition
Sans agriculture bio, pas d’alimentation saine
Le lien entre alimentation et agriculture bio est évident. Toutefois, si l’agriculture bio se développe timidement, le recours aux engrais chimiques continue, voire s’amplifie, y compris parmi les maraîchers, en dépit des campagnes de sensibilisation. Pour inverser la tendance, les ménages sont invités à produire des légumes et des condiments bio dans leur parcelle. Mais la bataille du bio et des engrais naturels n’est pas encore gagnée.
Dans la commune de la Gombe à Kinshasa, une « Table », installée avenue des cliniques, près d’une église évangélique, où des produits issus de l’agriculture biologique congolaise, venant notamment de Kisantu (Kongo central) et d’Europe, sont présentés sur des étals. De quotidien, ce mini marché bio est devenu hebdomadaire.
Dans la commune de la Gombe à Kinshasa, une « Table », a été installée avenue des cliniques, où des produits issus de l’agriculture biologique congolaise, venant notamment de Kisantu (Kongo central) et d’Europe, sont présentés sur des étals.
Dans les supermarchés de Kinshasa, des rayons abritent également des produits bio en provenance d’Europe ainsi que de la RDC où ils sont estampillés OCC. L’Office congolais de contrôle (OCC) délivre, en effet, au terme d’un parcours de trois ans, incluant enquêtes et analyses, un certificat de conformité sur la qualité des produits qui pourront ainsi être mis sur le marché. Toutefois, il manque l’inscription d’un label Bio congolais sur les étiquettes et les emballages, ainsi qu’une notice indiquant les qualités nutritionnelles des aliments.
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