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dimanche 25 février 2024
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RDC : vers un Parlement favorable à Félix Tshisekedi ?

La nouvelle configuration de l’Assemblée nationale prend forme, après les élections législatives de décembre 2023. Déclaré vainqueur de l’élection présidentielle, Félix Tshisekedi, qui rempile pour 5 ans, est assuré d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale, en attendant les sénatoriales prévues en mars 2024. Le Parlement, qui est constitué de deux chambres, change peu à peu de visage.

Les élections législatives ont été marquées par une série de dysfonctionnements. Plus de 80 candidats accusés de fraude ou de diverses pratiques illégales ont été mis à l’écart. Les votes en leur faveur ont été annulés. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) estime néanmoins que la crédibilité du scrutin n’a pas été entachée.

Pour le moment, l’Assemblée nationale compte 477 députés sur les 500 habituels. Les élections n’ont pas pu se tenir dans certaines parties du territoire national. Les électeurs de Masisi et Rutshuru, deux territoires en proie à l’insécurité dans la province du Nord-Kivu (est), et ceux de Kwamouth (province de Mai-Ndombe), Masimanimba (Kwilu) et Yakoma (Nord-Ubangi) n’ont pas pu remplir leur devoir civique. Une séance de rattrapage est prévue prochainement, sauf dans le Nord-Kivu où les forces armées congolaises peinent à reprendre le contrôle de toutes les localités occupées par les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda.

La coalition Ensemble pour la République, conduite par Moïse Katumbi, candidat malheureux à la présidentielle, a mis le grappin sur 18 sièges

Des alliés du président se sont activés

Parmi les alliés du président Félix Tshisekedi, qui ont activement fait campagne pour sa réélection, Bahati Lukwebo (président du Sénat), Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge (premier ministre), Jean-Pierre Bemba (vice premier-ministre et ministre de la défense) et Vital Kamerhe (vice-premier ministre et ministre de l’économie) se sont particulièrement distingués. Avec succès. C’est ainsi qu’Alliance des forces démocratiques et Alliés, pilotée par Bahati Lukwebo et Action des Alliés et Union pour la Nation Congolaise, un ensemble bâti autour de Vital Kamerhe, alignent au total 70 députés, alors qu’Agissons et Bâtissons, la coalition de Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, en compte 26.

Le FCC (le Front commun pour la Congo, une coalition de partis politiques et d’organisations favorables à l’ex-président Joseph Kabila) est quelque peu esseulé sur la scène politique, après avoir pris le parti de boycotter les élections. Le FCC n’est plus qu’une coquille vide après le départ de quelques-uns de ses poids lourds. Lambert Mende, She Okitundu, Antoine Ghonda, Célestin Tunda et plusieurs autres proches de Joseph Kabila ont décidé de prendre leurs distances avec lui et de rejoindre Félix Tshisekedi.

Lire aussi : RDC. L’élection présidentielle 2023 analysée par Léonnie Kandolo. https://www.makanisi.org/rdc-lelection-presidentielle-2023-analysee-par-leonnie-kandolo/

De son côté, la coalition Ensemble pour la République, conduite par Moïse Katumbi, richissime homme d’affaires, ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga et candidat malheureux à la présidentielle, a conquis 18 sièges. D’autres partis politiques iront sûrement s’agréger à cette coalition faite de bric et de broc. Au total, combien de députés les formations pro Katumbi revendiqueront-elles ? La question n’est pas encore tranchée, à ce stade.  

Le rapport de force au sein de cette nouvelle Assemblée nationale, qui a effectué sa rentrée le lundi 29 janvier, évolue.

Évolution du rapport de force

L’Assemblée nationale a été renouvelée à près de 80 %. Environ 20 % des députés de la précédente législature ont pu conserver leur siège. Plusieurs ministres (anciens et actuels) de Félix Tshisekedi ont été élus députés : Nicolas Kazadi, Acacia Bandubola, Patrick Muyaya, Antoinette Nsamba, etc. Le rapport de force au sein de l’Assemblée nationale, qui a effectué sa rentrée le lundi 29 janvier dernier, évolue. Le jeu des alliances qui caractérise cette institution devrait profiter à Félix Tshisekedi.

La période électorale a vu émerger des regroupement politiques constitués hâtivement, sans pour autant que leurs membres aient un même socle idéologique. Ces organisations ont pour but – souvent inavoué – de soutenir un candidat donné, en échange de quelques postes au sein de l’appareil de l’État, s’il est élu. Les alliances peuvent aussi se monnayer au prix fort. Tel est le jeu habituel au sein de la scène politique congolaise dont les acteurs sont connus pour leur propension à se renier et à changer de camp, au gré des fluctuations de leurs intérêts financiers immédiats.

Tout compte fait, le président Félix Tshisekedi est assuré de disposer d’une confortable majorité au sein de l’Assemblée nationale. La situation de la deuxième chambre du Parlement, le Sénat, sera clarifiée à l’issue des élections prévues en mars 2024. 

Si Félix Tshisekedi a plusieurs réalisations à son actif, ses détracteurs sont prompts à relever que certaines de ses promesses n’ont pas été tenues 

Consolider les acquis

Félix Tshisekedi, qui a fait campagne sur la « consolidation des acquis », inscrit son deuxième mandat dans la continuité du premier, avec néanmoins quelques ajustements. Si le chef de l’État a plusieurs réalisations à son actif, ses détracteurs sont prompts à relever que certaines de ses promesses n’ont pas été tenues, notamment la fin de la guerre dans l’est du pays. Les électeurs, qui ont renouvelé son bail au palais de la nation, lui ont ainsi donné l’occasion de poursuivre son action et de trouver la trace qu’il laissera dans l’histoire.

Lire aussi : RDC : les Congolais attendent les résultats des élections. https://www.makanisi.org/rdc-les-congolais-attendent-les-resultats-des-elections/

La gratuité de l’enseignement figure sans aucun doute parmi les mesures les plus emblématiques du premier quinquennat de Félix Tshisekedi. Cette initiative a permis à de nombreuses familles, surtout les plus démunies, de faire quelques économies. De nombreux parents, notamment en milieu rural, ont ainsi envoyé leurs enfants à l’école sans avoir à se soucier des questions financières. Ces parents, qui sont aussi des électeurs, se sont sans doute souvenus, au moment du choix, seuls face à leur conscience, que la gratuité de l’enseignement leur a été bénéfique. Entre 3 500 000 et 4 000 000 d’élèves ont été insérés dans le parcours scolaire, grâce à cette initiative qui bénéficie d’un financement de la Banque mondiale.

145 territoires

L’autre mesure phare du premier quinquennat de Félix Tshisekedi reste ce qui est communément appelé « programme des 145 territoires ». Il s’agit, pour l’essentiel, de la construction d’infrastructures sanitaires et scolaires dans les 145 territoires de la République démocratique du Congo. C’est une grande première dans l’histoire tumultueuse de ce pays. En vertu de ce « programme de développement local des 145 territoires » – tel est son intitulé officiel -, des centres de santé et des écoles sortent de terre un peu partout.   

Cette approche axée sur la ruralité vise un triple objectif : accroître l’efficacité des politiques publiques, lutter contre la pauvreté et réduire les inégalités, surtout entre les centres urbains et les territoires ruraux. Le coût de ce programme, qui a changé le quotidien de plusieurs millions de Congolais, est estimé à près de 1,7 milliard de dollars, financés essentiellement par le gouvernement.

Son premier quinquennat avait été marqué, dans un premier temps, par des tensions au sein de l’exécutif 

Lire aussi : RDC : Le podium de la présidentielle de décembre 2023 par province. https://www.makanisi.org/rdc-le-podium-de-la-presidentielle-de-decembre-2023-par-province/

Scénario différent

Si le premier mandat de Félix Tshisekedi a été marqué par des crises politiques à répétition, son second et dernier mandat entamé en janvier 2024, après la validation par la Cour constitutionnelle des résultats publiés par la Commission électorale, s’inscrit dans un contexte différent.

Félix Tshisekedi n’a eu les coudées franches qu’après avoir mis fin à cette coalition, en décembre 2020, et procédé à la mise en place du bloc Union sacrée pour la nation. Ce coup de poker lui a permis de dynamiter le FCC qui tarde à s’en relever.

La voie semble désormais balisée pour que Félix Tshisekedi accélère la cadence de ses réformes. Ses initiatives ne devraient pas se heurter à une farouche opposition au sein du futur Parlement. 

La RDC ressemble à un paquebot qui a quitté le port pour voguer vers de nouveaux rivages. À son bord se trouve un personnel navigant conduit par un commandant qui assure mettre résolument le cap sur la nouvelle destination qu’il atteindra dans 5 ans. Le paquebot bouge lentement, mais sûrement. Cependant, une partie des passagers ne semble pas s’en rendre compte et soutient que le navire fait du sur-place.

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