24.5 C
Kinshasa
mercredi 24 avril 2024
AccueilPaysAfrique/MondeYotsi, une nouvelle étoile sur la scène musicale de la RDC ?

Yotsi, une nouvelle étoile sur la scène musicale de la RDC ?

Créé à Kinshasa par quatre jeunes congolais passionnés de musique, dont deux garçons et deux filles, Yotsi, étoile en langue kimongo, est un groupe musical qui marie des rythmes des quatre coins de la République démocratique du Congo (RDC) avec des tempos venus d’ailleurs. C’est au centre de formation musicale Kinarmonik, fondé, à Kinshasa, par Éric Malu Malu Muginda, que les quatre compères ont fait leurs classes et c’est sous le label Kinarmonik Production qu’est sorti leur premier album dénommé Maisha. Leur talent ne fait pas de doute, au point que des stars de l’industrie musicale mondiale n’ont pas hésité à apporter leur petite touche personnelle, musicale et technique, aux douze titres de Maisha. Née il y a à peine deux ans, l’Étoile monte doucement au firmament musical. Jusqu’où ? Retour sur les débuts d’un jeune groupe atypique.

Ils ont baptisé leur groupe Yotsi, qui signifie étoile en langue kimongo. Un groupe musical mongo ? Non, à l’exception de l’un d’entre eux, les autres compères qui ont créé Yotsi n’ont pas de lien particulier avec la région des Mongos, située à cheval sur la province de l’ex-Bandundu et le sud du grand Équateur. Ils sont d’ailleurs tous Kinois, de naissance ou d’adoption.

C’est à Kinarmonik, un centre de formation musicale fondé, en 2018, par Éric Malu Malu Muginda et logé au quartier Vitamine 1, dans la commune de Matete, que Linda Tombo, Leah Mbuyamba, Tychick Sulutemo et Jephte Lubungu se sont rencontrés. « Nous avons rejoint Kinarmonik en 2018. Nous ne nous connaissions pas à ce moment-là », explique Linda, la chanteuse du groupe, guitariste et percussionniste à ses heures, pour qui le rythme Agwaya du Kivu n’a pas de secret.

« Nous avons choisi des rythmes traditionnels propres à notre pays, que l’on peut mixer avec d’autres rythmes du monde. La RDC est un grand pays. Elle est riche en musiques et en rythmes, encore peu connus et dont certains sont même inexploités »

Un melting-pot de rythmes congolais et d’ailleurs

L’originalité du groupe Yotsi est d’être un melting-pot de styles musicaux. Il est donc difficile de le ranger dans une case précise. Car, si ses titres sont généralement classés dans la rubrique « musiques du monde » sur les plateformes musicales, la musique du groupe est un mélange de rythmes congolais et d’ailleurs. « Nous avons choisi des rythmes traditionnels propres à notre pays, que l’on peut mixer avec d’autres rythmes du monde. La RDC est un grand pays. Elle est riche en musiques et en rythmes, encore peu connus et dont certains sont même inexploités », avertit Linda. À cet égard, Yotsi est représentatif d’un nouveau courant, impulsé par la jeunesse congolaise, qui veut retrouver ses racines et faire connaître la diversité et la beauté des cultures de son pays.

Ce mélange se retrouve également tant au niveau des instruments utilisés que des spécificités et des talents des quatre jeunes qui composent le groupe. S’ils sont tous choristes et polyvalents, chacun maitrise un instrument particulier. Et s’ils chantent dans les quatre langues nationales de la RDC – le lingala, le kikongo, le tshiluba et le swahili -, ils s’expriment aussi dans d’autres langues congolaises.

Yotsi est représentatif d’un nouveau courant, impulsé par la jeunesse congolaise, qui veut retrouver ses racines et faire connaître la diversité et la beauté des cultures de son pays.

Professionnalisation à Kinarmonik

La fibre musicale, les quatre jeunes musiciens l’ont acquise dans leur famille ou auprès de proches. « Un de mes oncles était musicien, c’est à ses côtés que j’ai gratté ma première guitare », informe Tychick, guitariste, dont la famille a ses racines dans l’ex-Bandundu. Puis le relais a été pris par les églises. Tous ont, en effet, fait leurs premiers pas dans une chorale religieuse dans laquelle ils chantaient ou jouaient d’un instrument. C’est là que leur passion pour le 4ème art s’est confirmée.

Mais chanter dans une église ne leur a pas suffi. « Nous voulions nous perfectionner, apprendre les bases, devenir professionnels, rejoindre ou fonder un groupe musical », insiste Leah, bassiste et pianiste, qui apporte, entre autres, la touche musicale des rythmes luba au groupe.

Lire aussi : RDC. Musique : trouver le ton juste avec Kinarmonik. https://www.makanisi.org/rdc-musique-trouver-le-ton-juste-avec-kinarmonik/

Transmise de bouche à oreille, l’information sur l’existence d’un centre de formation musicale installé dans la commune de Matete à Kinshasa, leur est parvenue. Chacun d’entre eux s’est rendu au quartier Vitamine 1, pour s’inscrire aux ateliers de formation et aux master classes du centre.

« Dans les groupes religieux, on a appris la musique. À Kinarmonik, on est devenu professionnel. On a appris le solfège, à jouer ensemble et à innover »

Assidus, volontaires et passionnés, les quatre larrons n’ont raté aucun cours. « Le centre nous a enseigné plein de choses. Nous avons appris à jouer d’un instrument, à composer et à travailler en groupe », souligne Leah. « Dans les groupes religieux, on a appris la musique. À Kinarmonik, on est devenu professionnel. On a appris le solfège, à jouer ensemble et à innover » renchérit Linda.

Le groupe Yotsi à Kinshasa.

Naissance de Yotsi

Comment la mayonnaise a-t-elle pris entre ces quatre passionnés de musique, sachant que l’école rassemble plus d’une quarantaine d’élèves ? « Nous étions nombreux, mais c’est la manière de jouer qui nous a rapprochés. La connexion s’est faite naturellement. Une complicité s’est forgée peu à peu entre nous  », précise Leah.

« Nous étions nombreux, mais c’est la manière de jouer qui nous a rapprochés. La connexion s’est faite naturellement. Une complicité s’est forgée peu à peu entre nous »

L’idée d’écrire et de composer des chansons s’est imposée à eux avant même de fonder leur groupe. Pour ce faire, ils ont eu l’appui de Kinarmonik dont l’objectif est d’inciter ses élèves à être créatifs et de les professionnaliser en leur offrant divers services. En effet, pour leur permettre de s’exercer et de réaliser leurs projets, le centre organise des concerts et des séances musicales improvisées (jam sessions en anglais), « qui font grandir les jeunes artistes », souligne Éric. En 2020, il s’est doté d’un studio d’enregistrement, qui, depuis 2023, a vocation à produire des albums sous le Label Kinarmonik Production.

C’est en 2020, que les quatre amis ont décidé de s’unir pour former un orchestre. Pas facile de s’accorder sur un nom. « Chacun a proposé une idée, un ou plusieurs noms, en français. Puis on les a traduits ou fait traduire dans différentes langues du pays. Au final, après moult débats, c’est le nom de Yotsi, terme kimongo, qui nous est apparu le plus approprié. C’est court et facile à prononcer par n’importe qui », se souvient Linda. C’est ainsi qu’ « Étoile » est née en 2020.

À Yotsi, il n’y a pas de leader. C’est ensemble qu’ils écrivent les textes et composent les musiques.

Tuimbe et Maisha

À Yotsi, il n’y a pas de leader. C’est ensemble qu’ils écrivent les textes et composent les musiques. Leurs chansons parlent « de la vie et de ses défis, de la souffrance, de la mort et de la séparation, du vivre ensemble, de l’espoir et de bien d’autres sujets de société et de l’existence humaine », signale Jephte, le batteur. Mais le groupe évoque aussi les sujets graves de l’actualité du pays et du monde.

Produit sous le label Kinarmonik Production, Tuimbe (« chantons » en langue Tshiluba), le premier single de Yotsi, est sorti en septembre 2023. Il raconte l’histoire de deux jeunes gens, qui se connaissent depuis l’enfance, s’aiment et décident de se marier. En décembre, le groupe monte d’un cran, en sortant, sous le label Kinarmonik Production, douze titres, tous écrits et composés par ses membres, dont l’un, Maïsha, qui signifie « vie » en swahili, a donné son nom à l’album.

Le titre Maïsha, écrit en swahili, « parle des choix cruciaux et des décisions que nous prenons dans la vie qui déterminent notre avenir », confie Linda. Songa Bele (avance en swahili), un autre titre phare de l’album, rend hommage, lui, à tous les Congolais qui sont confrontés à la guerre menée par des groupes armés dans l’est de la RDC, et plus généralement, à tous ceux qui vivent dans des pays en guerre. « On les encourage à ne pas se laisser abattre et à avancer », ajoute la chanteuse.

Pour écouter Maïsha, cliquer sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=1dp7yb8NxDk

Un album bichonné avec l’appui de pointures mondiales

Autant dire que l’album Maisha a été particulièrement bichonné. Enregistrés dans le studio de Kinarmonik à Kinshasa, sous la direction artistique d’Éric Malu Malu Muginda, les douze titres ont été envoyés ensuite à Paris (France), en Macédoine et à Los Angeles (États-Unis) où des grands noms de la scène et de l’industrie musicales mondiales ont mis leur touche personnelle, les uns en tant que musiciens, les autres au niveau du mixage. Cette combinaison de professionnels de haut niveau a donné à ce jeune groupe, qui se cherche encore, une dimension internationale, un fait rare en RDC.

Cette combinaison de professionnels de haut niveau a donné à ce jeune groupe, qui se cherche encore, une dimension internationale, un fait rare en RDC.

Parmi les douze musiciens qui ont participé à l’album, figurent, bien évidemment, des Congolais, dont le compositeur et pianiste Ray Lema, l’ancien guitariste de Pepe Kalle, Elvis Kunku, un pro du seben (partie dansante de la rumba), le pianiste de jazz Tyson Meya et la chanteuse Nelly Liyenge. L’album a enregistré aussi la présence d’artistes français comme la violoniste Anne Gouverneur, la saxophoniste Christine Roch, Delphine Ciampi Ellis, la chanteuse de Blues, Blanche DLT, et la balafoniste Denise Popoff. Sans oublier le guitariste de jazz macédonien Toni Kitanovski et l’américain Mike O’Hehir, leader du groupe Coyote Island.

Cerise sur le gâteau, c’est dans le studio MCJ de Mario Caldato, à Los Angeles, que Jonathan Maia de Oliveira a masterisé l’album.

Le mixage des titres a, lui aussi, bénéficié du savoir-faire d’une belle brochette de professionnels. dont Yarol Poupaud, ex-directeur artistique de Johnny Hallyday, guitariste du groupe FFF et parrain de Kinarmonik, ou le compositeur et arrangeur Toni Kitanovski. Le producteur et ingénieur du son brésilien Mario Caldato a, pour sa part, harmonisé les violons d’Anne Gouverneur et le saxophone de Christine Roch avec les rythmes traditionnels de la RDC. Cerise sur le gâteau, c’est dans le studio MCJ de Mario Caldato, à Los Angeles, que Jonathan Maia de Oliveira a masterisé l’album.

Le groupe Yotsi en concert.

Concerts et tournées

La promotion de Yotsi est assurée par Kinarmonik Production, avec lequel les quatre musiciens ont signé un contrat pour cinq ans. Les premiers concerts ont eu lieu au centre Kinarmonik à Kinshasa. Puis, le groupe s’est produit dans plusieurs communes de la capitale congolaise : à l’Espace Jazz Connexion (commune de Kasa-Vubu), à l’espace The Groove studio (Mont-Ngafula), à la Maison culturelle des Mwindeurs (mwinda veut dire lumière en lingala) à Ndjili, à l’espace Huguembo Studio (Lingwala), au Centre culturel Aw’Art (Bandalungwa) et au restaurant Inzia, à la Gombe.

En 2024, cap sur les tournées : en RDC, où Yotsi devrait jouer à l’hôtel Pullman en avril et lors du festival Kongo River en juillet prochain, et à l’étranger, notamment en France, au Maroc et en Grande-Bretagne, où le groupe a de grandes chances de se produire.

L’album Maisha est disponible sur des plateformes numériques telles que Spotify, Deezer, Itunes (Apple Music), Amazon Music ou YouTube Music

Coté diffusion, l’album Maisha, qui est numérique, est disponible sur des plateformes numériques telles que Spotify, Deezer, Itunes (Apple Music), Amazon Music ou YouTube Music ainsi que sur des réseaux sociaux (Instagram, etc.). « Le vinyle, ce sera pour plus tard », informe Éric. Le 15 mars prochain, sortiront le clip et l’audio de Luzingu.

Yotsi, une étoile montante ? Dans ce grand pays de musique qu’est la RDC, qui a produit les stars de la rumba et du ndombolo et fait danser toute l’Afrique, le courant musical que représente Yotsi a toute sa place sur la scène musicale nationale et mondiale. Les 4 membres de Yotsi, leur manager et le groupe de featuring qui a accompagné Maisha, Ray Lema en tête, y croient, eux.

- Advertisment -

ARTICLES LES PLUS LUS