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lundi 6 février 2023
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Unicongo : un nouvel élan sous la présidence de Michel Djombo ?

Le 22 novembre 2022, Michel Djombo Balombelly a été élu à la tête de l’Union Patronale et Interprofessionnelle du Congo (Unicongo), une association fondée en 1958. De retour au Congo en 2012, après des études supérieures et une expérience professionnelle en Europe, cet entrepreneur dans l’âme, passionné d’agriculture, s’est lancé, avec son frère Arnaud, dans la production d’huile de palme en zone de savane, dans le département du Pool. En 2020, il ajoute une nouvelle corde à son arc, avec CA-Agri, installée dans le Niari, qui produit et distribue des intrants agricoles. Son expérience de terrain, comme producteur et conseiller, lui a valu d’être porté à la présidence d’Unicongo, dont il a créé la fédération Agriculture, Élevage et Pêche.

Michel Djombo s’est confié à Makanisi sur son expérience, sa vision du secteur privé et sur les défis qui attendent l’Union et, au passage, son pays le Congo-Brazzaville.

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Le 22 novembre dernier, vous avez été élu avec 138 voix contre 23 à la présidence d’Unicongo, un syndicat patronal congolais. Qu’est-ce qui a motivé votre candidature ?

Michel Djombo : Ma candidature a été suscitée par le constat que j’ai fait au cours des deux dernières années, en tant qu’administrateur au sein du Conseil d’administration de l’Union. Selon moi, Unicongo avait perdu en efficacité et n’était plus audible face aux différentes parties prenantes du dialogue public-privé et social. L’État nous sollicitait de moins en moins et ne recourait plus à nos avis comme cela avait été le cas auparavant. Nous nous étions placés en retrait du débat économique. Nous n’étions plus pro-actifs et nous ne venions plus avec des propositions dans le débat public-privé. Nous nous sommes enfermés dans un dialogue de sourds. Je me suis dit que l’on pouvait faire les choses autrement et lancer une dynamique différente de celle en cours.

Unicongo compte 350 membres et 13 fédérations, qui représentent plus ou moins les secteurs d’activité tels que définis dans la législation du travail, en particulier à travers les conventions collectives.

Combien Unicongo compte-t-il de membres et de fédérations ?

Unicongo compte 350 membres et 13 fédérations, qui représentent plus ou moins les secteurs d’activité tels que définis dans la législation du travail, en particulier à travers les conventions collectives. En bref, elles regroupent les principaux pans de l’économie congolaise par grandes familles. Pour certains secteurs, on suit à la lettre les conventions collectives auxquelles appartiennent les fédérations. Pour d’autres, on a dû procéder à des arrangements, sinon on aurait eu des fédérations très hétérogènes, dans lesquelles de nombreux membres n’auraient pas appartenu au même métier.

En termes d’adhérents, Unicongo est très représentatif du secteur privé congolais. Nous avons des corporates, des PME et même des TPE.

Unicongo est connu, peut-être à tort, comme le syndicat patronal des « corporates ». Est-ce la réalité aujourd’hui ?

Si cela l’a été, ce n’est plus le cas depuis quelque temps. La dynamique de l’écosystème congolais a fait que les PME étaient moins audibles que les grands groupes. Cela est dû au fait que l’économie congolaise est majoritairement tirée par l’activité pétrolière. Ainsi les sous-traitants des grands groupes pétroliers, à dominante étrangère, sont des PME congolaises qui n’osent peut-être pas prendre la parole dans les assemblées où ils se retrouvent ensemble. Pour certaines PME, leur client représente parfois 100 % de leur chiffre d’affaires. Ainsi, dans les secteurs pétrolier et parapétrolier, par exemple, les petits acteurs se rangent derrière l’avis des grandes compagnies. Mais on essaie de changer cette situation car il y a des dynamiques spécifiques aux petits acteurs. Néanmoins, en termes d’adhérents, Unicongo est très représentatif du secteur privé congolais. Nous avons des corporates, des PME et même des TPE.

De gauche à droite : Michel Djombo (Président d’Unicongo), Marie Pambou Tchitchellé (maîre de Pointe-noire), François Gazania (Vice-Président d’Unicongo) et Christophe Pujal (Trésorier d’Unicongo) @Unicongo

Lire aussi : Congo. Palmier à huile-GTC : 100% savane et éco-responsable. https://www.makanisi.org/la-filiere-mais-se-structure-peu-a-peu-au-congo-reste-a-la-renforcer/

Dans quels secteurs, l’Union a-t-elle enregistré de nouveaux adhérents, sans liens avec de grands acteurs, au cours des trois dernières années ?

Au cours des dernières années, le principal secteur qui a représenté un attrait pour les entrepreneurs est le secteur agricole. Des déclarations et des actes posés par le secteur public, dont l’annonce d’exonérations fiscales et douanières et la volonté affichée de donner la priorité au secteur agricole, ont encouragé des entrepreneurs à investir dans ce secteur et donc à nous rejoindre. Depuis trois à quatre ans, en effet, on note un engouement pour l’agriculture que des Congolais considèrent, à tort ou à raison, comme le secteur le plus porteur.

Depuis trois à quatre ans, on note un engouement pour l’agriculture que des Congolais considèrent, à tort ou à raison, comme le secteur le plus porteur.

Vous prenez la tête d’un syndicat patronal dans un contexte caractérisé par trois enjeux majeurs qui sont liés : la diversification de l’économie et  la mise en place de la Zone de libre échange continentale africaine (Zlecaf), sur fond d’enjeux climatiques et environnementaux. Comment Unicongo aborde-t-elle ces questions?

Les deux premiers sujets sont très liés. La diversification de l’économie nous force à être moins dépendants du pétrole et à développer des activités en particulier dans le secteur primaire non extractif. Mais ces secteurs doivent être compétitifs face aux importations, c’est-à-dire offrir le meilleur rapport qualité/prix face à la compétition africaine et internationale. Cela signifie qu’une fois le marché de la Zlecaf mis en place, le Congo ne doit pas être juste une destination de dumping et de produits réalisés ailleurs en Afrique, ni un espace d’ateliers d’assemblage permettant à des entreprises étrangères de bénéficier des avantages de la Zlecaf.

Pour développer le secteur industriel, il faut de l’énergie. Or cette énergie manque, ce qui oblige nos industries à fonctionner avec des groupes électrogènes.

Le lien avec la transition énergétique est un peu plus ténu. Pour développer le secteur industriel, il faut de l’énergie. Or cette énergie manque, ce qui oblige nos industries à fonctionner avec des groupes électrogènes. Ces problématiques, que je qualifierai de bas niveau, nous empêchent de nous projeter vers des considérations plus positives pour l’environnement. De ce fait, les questions de transition énergétique sont encore peu abordées par nos membres, ce qui est un problème. Nous allons devoir les prendre un peu plus en considération. Néanmoins, le Congo n’est pas le moins bon élève sur ces questions énergétiques car, aujourd’hui, une grande partie de la production nationale d’énergie est hydroélectrique, à faible impact environnemental. Même si, au cours des dernières années, on a développé le gaz dans le Kouilou, notre potentiel est surtout hydroélectrique.   

Siège d’Unicongo à Pointe-Noire @Unicongo

Quels sont les débats importants à lancer ou à approfondir au cours de votre mandat ?

Les pouvoirs publics doivent coordonner les politiques fiscales et réglementaires qu’ils mettent en place et mieux évaluer leur impact sur l’environnement et la conduite des affaires. Pour exemple, ils envoient des signaux très positifs en direction du secteur privé, en annonçant des opportunités d’affaires en liaison avec le développement du corridor Pointe-Noire-Kinshasa, la mise à disposition de terres pour l’agriculture et des possibilités d’exportations grâce à la position géographique centrale du pays, etc. Dans la réalité, les coûts de transport des marchandises à travers le Congo restent assez chers. On nous dit que le port de Pointe-Noire est très compétitif. Mais les taxes se multiplient sur les corridors Pointe-Noire-Brazzaville et Brazzaville-Ouesso. Certaines se chevauchent sans qu’on comprenne à quoi elles servent et qui en est à l’origine. Cela a un impact négatif sur notre compétitivité. Selon un de nos membres, l’importation d’un produit entre Kribi (Cameroun) et Brazzaville est moins cher de 350 000 FCFA que son acheminement entre Pointe-Noire et Brazzaville.

Les pouvoirs publics doivent coordonner les politiques fiscales et réglementaires qu’ils mettent en place et mieux évaluer leur impact sur l’environnement et la conduite des affaires.

Quels sont les autres débats à engager dans le cadre du dialogue public-privé ?

La pression fiscale est un sujet à débattre, non pas sur son aspect réglementaire mais sur le fait qu’elle s’exerce de manière un peu perverse. L’État a mis en place des mécanismes de rétribution des contrôleurs qui sont à l’origine d’une surenchère faite par ces derniers pour infliger l’amende la plus élevée possible aux sociétés contribuables. Dans certains cas, la surenchère vise davantage à obtenir, par la négociation, un pot-de-vin qu’à remplir les caisses de l’État. Ce qui est contraire aux pratiques de la plupart de nos entreprises et donne une image déplorable du pays, qui va à l’encontre du rôle de contrôle et de la fonction régalienne de l’État.

Il faut également toiletter des textes fiscaux. Certaines taxes paraissent désuètes. Tel est le cas de la taxe spéciale sur les boissons, mise en place en 2013 par la loi de finances,  dont l’objectif était de financer un fonds destiné à la collecte des emballages plastiques jetés dans la nature. Mais ces emballages sont rarement collectés, de sorte que la taxe a été détournée de son objet. On peut citer d’autres exemples. 

Lire aussi : Congo. Palmier à huile-GTC : 100% savane et éco-responsable. https://www.makanisi.org/congo-palmier-a-huile-gtc-capfor-100-savane-et-eco-responsable/

Vous êtes un opérateur économique depuis de nombreuses années. Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours professionnel ?

La phase la plus récente de mon parcours a été, après une brève carrière en Europe, de m’être lancé, en 2012, dans l’entreprenariat agricole au Congo. Dans un premier temps, dans la production agricole, et, à partir de 2019-2020, dans la diversification avec la production et la distribution d’intrants dans le cadre de CA-Agri. Très vite, nous nous sommes aperçus que les agriculteurs avaient un grand besoin d’accompagnement, ce qui nous a conduit à élargir nos activités au conseil et à la formation. Le marché est en effet limité par le manque de maîtrise de nos produits, qui touche près de 80 % des utilisateurs potentiels.

Très vite, nous nous sommes aperçus que les agriculteurs avaient un grand besoin d’accompagnement, ce qui nous a conduit à élargir nos activités au conseil et à la formation.

En 2020, j’ai piloté l’entrée d’agriculteurs, d’éleveurs et de pisciculteurs dans Unicongo pour former ensemble la Fédération Agriculture, Élevage et Pêche, qui est la plus récente. Cela m’a amené à élargir mon rôle de conseiller. Dans cette fédération, nous fonctionnons en cluster. Il y a une dynamique de groupe qui nous permet de partager des informations et d’accompagner une entreprise dans ses projets. Ça a été le cas pour le projet de production d’huile de ricin du groupe Eni, que j’ai conseillé et pour lequel j’ai identifié des producteurs.

Lire aussi : Regroupement de PME au sein d’Unicongo pour doper l’agriculture et l’élevage. https://www.makanisi.org/regroupement-de-pme-au-sein-dunicongo-pour-doper-lagriculture-et-lelevage/

L’inexistence de chaînes de valeur oblige un opérateur économique à être à la fois producteur, logisticien, commercial, distributeur, transitaire, transporteur, etc.

Qu’avez-vous appris du Congo et notamment de son secteur privé, petit ou grand, depuis que vous êtes dans l’agriculture ?  Quels bénéfices en tirez-vous pour votre nouvelle mission ?

Mon expérience d’entrepreneur au Congo m’a permis de constater que l’inexistence de chaînes de valeur oblige un opérateur économique à être à la fois producteur, logisticien, commercial, distributeur, transitaire, transporteur, etc. En bref, à s’investir dans tous les maillons de la chaîne de valeur. Cela est particulièrement vrai pour les PME, les grandes entreprises ayant leur réseau de sous-traitants.

Au Cameroun, notamment dans la filière palmier à huile, j’ai vu tout un écosystème de petits producteurs éclore autour d’un secteur industriel. 

Dans quelle mesure, une grande unité industrielle peut-elle avoir un effet d’entraînement sur les petits producteurs ?

Au Cameroun, notamment dans la filière palmier à huile, j’ai vu tout un écosystème de petits producteurs éclore autour d’un secteur industriel. Dans ce système, des exploitants industriels installent, dans une région donnée, une usine dont les capacités de production sont deux fois supérieures à leurs possibilités de producteur. Mais ils sont entourés de petits planteurs qui viennent leur vendre leurs noix de palme. Au fil des ans, ces planteurs se prennent en main, arrivent à se structurer, à se diversifier et à devenir des entrepreneurs. Certains d’entre eux, devenus des PME,  ont investi dans la transformation, notamment dans la production de savons. Ils ont à leur tour reproduit ce schéma industriel, en achetant la production de petits planteurs. Je crois très fort à ce modèle que je qualifierai de cercle vertueux.

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